Chaque mois, en partenariat avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de Champagne-Ardenne, nous partons à la découverte de la faune qui nous entoure. Aujourd’hui, Étienne Clément, président dela LPO Champagne Ardenne, met en lumière une catégorie d’oiseaux particulièrement proche de nous, mais pourtant gravement menacée : les oiseaux du bâti.
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Hirondelles et martinets en danger, le cri d’alarme de la LPO Champagne-Ardenneredaction
À l’origine, ces espèces n’occupaient pas nos constructions. Elles nichaient sur les falaises ou dans les cavernes. Par opportunisme, elles se sont progressivement rapprochées des habitations humaines, y trouvant des structures idéales pour s’installer de manière durable. Parmi elles, on distingue principalement deux grandes familles : les hirondelles et les martinets.
Hirondelles et Martinets : qui sont-ils ?
Bien qu’ils soient souvent confondus en raison de leur plumage majoritairement noir et de leur régime strictement insectivore, ces oiseaux présentent des caractéristiques bien distinctes.
Les hirondelles : les artisanes de boue
On retrouve principalement deux espèces dans nos régions :
L’hirondelle rustique : Historiquement liée aux étables et aux écuries, elle appréciait la chaleur des vaches. Son nid prend la forme d’une coupole ouverte, solidement maçonnée avec de la boue mélangée à de la salive et des végétaux.
L’hirondelle de fenêtre : Comme son nom l’indique, elle niche en façade, souvent au coin des fenêtres. Son nid étant situé à l’extérieur, il est entièrement fermé, ne laissant qu’un petit trou d’entrée.
Le saviez-vous ? Ces oiseaux migrateurs passent l’hiver en Afrique et ne remontent en Europe que pour la période de nidification.
Le martinet noir : le roi du ciel
Le martinet se distingue par une envergure plus grande (environ 42 cm) et une morphologie unique. Contrairement à l’hirondelle, il ne construit pas de nid apparent mais profite des fissures, des anfractuosités des murs, des pierres disjointes ou des coffres de volets roulants, souvent très hauts en ville.
Morphologiquement, le martinet possède des pattes extrêmement courtes (à peine quelques millimètres). Cette particularité fait qu’on ne le trouve jamais au sol en temps normal. S’il y tombe, il est incapable de prendre son élan pour redécoller.
Si vous trouvez un martinet au sol, il est soit blessé, soit trop jeune, soit affaibli. Il convient alors de le prendre en charge et, une fois rétabli, de prendre de la hauteur (depuis un balcon ou une fenêtre) pour l’aider à repartir.
Crédit photo LPO
Une hécatombe silencieuse : -30% d’hirondelles en 25 ans
Le constat est alarmant : les populations d’hirondelles ont chuté de près d’un tiers en un quart de siècle. Les causes de ce déclin sont multiples et directement liées aux activités humaines.
1. La disparition des insectes
Le martinet et l’hirondelle se nourrissent exclusivement d’insectes en plein vol. Or, l’utilisation intensive de pesticides a entraîné une baisse de 80 % de la masse des insectes en Europe. Aujourd’hui, ces oiseaux peinent tout simplement à se nourrir.
2. Le manque de matériaux de construction
L’urbanisation croissante, le goudronnage et le bétonnage des sols réduisent l’accès à la boue, indispensable aux hirondelles pour bâtir leur nid. De plus, les périodes de sécheresse estivale de plus en plus fréquentes assèchent les rares points d’eau disponibles.
3. La destruction des nids et la rénovation thermique
Bien que ces espèces soient strictement protégées par la loi, leurs nids sont encore trop souvent détruits, parfois volontairement à cause des nuisances liées aux fientes, ou involontairement lors de travaux de rénovation et d’isolation thermique des bâtiments.
Comment agir et cohabiter ?
Face au réchauffement climatique, l’isolation des bâtiments est indispensable, mais elle ne doit pas se faire au détriment de la biodiversité. La LPO appelle à une prise en compte systématique de ces espèces avant tout chantier :
Adapter le calendrier des travaux : Éviter absolument d’intervenir pendant la période de nidification (printemps/été).
Installer des nichoirs artificiels : En compensation des cavités perdues, la pose de nichoirs spécifiques peut grandement aider, même si le succès n’est jamais garanti à 100 % en raison des exigences de ces oiseaux. Ces nichoirs peuvent également profiter à d’autres espèces, comme les moineaux ou les rouges-queues.
Avant d’entreprendre des travaux sur vos façades ou sous vos toits, le meilleur réflexe reste de demander conseil auprès de la LPO pour concilier rénovation et protection de la nature.
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