Chaumont au fil du temps, format court, épisode 4.Cap sur un pan majeur mais encore largement méconnu de l’histoire de la ville : ses fortifications. Après la redécouverte archéologique de certains tronçons de remparts, place cette fois à un autre trésor, celui des archives, qui permettent de mieux comprendre comment Chaumont s’est défendue et transformée entre le Moyen Âge et la Renaissance.
Entretien avec Julien Marasi, chargé d’inventaire du patrimoine bâti :
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Fortifications de Chaumont : de nouvelles archives éclairent l’histoire des rempartschaumont
À Chaumont, les remparts ne racontent pas seulement une histoire de pierre. Ils racontent aussi une histoire de pouvoir, de menace, de reconstruction et d’investissement à très grande échelle. C’est ce que montrent les recherches récemment menées par Julien Marasi dans les archives de la ville, longtemps peu exploitées depuis les travaux d’Émile Jolibois au XIXe siècle.
Ces documents ouvrent une fenêtre précieuse sur plusieurs siècles d’histoire locale. Ils permettent de mieux retracer l’évolution des fortifications de Chaumont, depuis les premiers aménagements médiévaux jusqu’aux grands travaux de la fin du XVe siècle.
Des fortifications anciennes, du donjon aux grandes enceintes
Les premières fortifications de Chaumont remonteraient aux seigneurs de la ville, probablement dès le XIe siècle. De cette époque, il reste notamment la trace du donjon, daté du XIIe siècle. Par la suite, les comtes de Champagne poursuivent et renforcent cet effort.
Entre 1227 et 1230, ils refortifient le bourg, c’est-à-dire ce qui correspond aujourd’hui au Vieux Chaumont, avec trois portes et plusieurs tours aujourd’hui disparues. À la fin du XIIIe siècle, une nouvelle grande enceinte vient englober les faubourgs, sur un secteur situé entre l’actuelle rue Victoire-de-la-Marne et le boulevard Gambetta.
Une ville marquée par les destructions
L’histoire des fortifications est aussi liée aux épisodes de guerre et de destruction. En 1437, la ville est prise et saccagée par les Écorcheurs, ces bandes de soldats sans emploi qui vivaient alors de pillages et de razzias. Une partie importante des archives a probablement disparu à ce moment-là, ce qui explique certaines zones d’ombre dans l’histoire chaumontaise.
C’est ensuite à partir de 1484 que les sources deviennent particulièrement riches. Les comptes de la ville consacrés aux fortifications existent alors année par année jusqu’à la fin du XVIe siècle. Un matériau exceptionnel, qui permet de plonger dans une époque où Chaumont était un vaste chantier.
Des travaux financés par le roi
Ces archives montrent notamment l’ampleur des moyens mobilisés pour reconstruire et renforcer les défenses de la ville. Les rois de France accordent alors à Chaumont un impôt sur le sel destiné à financer les travaux. Chaque année, 1 000 livres sont consacrées à la réfection des remparts, ce qui représente à l’échelle actuelle des montants considérables.
Les comptes révèlent aussi toute l’organisation matérielle de ces travaux : extraction de pierre, approvisionnement en chaux, transports, mobilisation de la population. À la même époque, la ville est également engagée dans la reconstruction de son cœur urbain, ce qui laisse imaginer une activité très intense.
Le contexte des guerres et la peur de l’invasion
Ces travaux de fortification s’expliquent aussi par le contexte militaire. À cette époque, la menace de Maximilien d’Autriche, installé non loin de là du côté de la Franche-Comté, pousse les autorités à redoubler de prudence.
Les archives montrent qu’un guet est organisé dans la tour du clocher de l’église pour surveiller l’arrivée éventuelle de troupes ennemies. Certaines portes sont provisoirement bloquées avec des fagots, d’autres carrément murées lorsque la menace semble plus pressante.
Une tour datée avec précision
L’un des enseignements les plus concrets de ce travail concerne une tour encore visible aujourd’hui, du côté de la préfecture. Longtemps peu documentée, elle peut désormais être datée précisément de 1491.
Les archives livrent même les noms de ses bâtisseurs : le maçon Perrin Colson, de Chaumont, et le charpentier Judardel. Cette tour, visible depuis le chemin de randonnée, conserve encore à l’intérieur des canonnières d’architecture, conçues pour permettre l’usage de l’artillerie.
Fait remarquable, les textes indiquent que les maçons chaumontais sont allés jusqu’à Dijon pour observer les canonnières du château en cours de réalisation à l’époque, afin de s’en inspirer. Chaumont aurait donc, sur ce point, repris un modèle dijonnais.
Un patrimoine encore loin d’avoir livré tous ses secrets
Le travail de Julien Marasi sur les fortifications de Chaumont est loin d’être terminé. Les archives disponibles sont encore très vastes, et seule une partie de cette matière a pu être étudiée jusqu’ici.
La suite pourrait notamment porter sur le milieu du XVIe siècle, période où les travaux reprennent après une interruption liée à la mort de François Ier. À terme, ces recherches pourraient aussi donner lieu à une conférence, dans le cadre des rendez-vous du patrimoine.
Plan Belleforest de Chaumont au XVIe s.
Tour d’Arse construite au XVIIe s.
La tour Vivien construite en 1488
La tour Vivien et ses remparts attenants
Canonnière de la tour Vivien
La porte Saint-Michel qui se trouvait jusque 1860 au bout de la rue Clemenceau
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