Dans le cadre de son rendez-vous mensuel « un mois, une espèce » sur Active Radio, Étienne Clément, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) de Champagne-Ardenne, nous présente une espèce fascinante. Bien qu’il possède des ailes, ce n’est pas un oiseau, mais un insecte surprenant : le Moro-sphinx.
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À la découverte du Moro-sphinx avec la LPO, le « papillon-colibri » des jardinsredaction
Un papillon aux allures de colibri
Aussi appelé « sphinx colibri », le Moro-sphinx (Macroglossum stellatarum) est un papillon de nuit qui appartient à la grande famille des Macroglossum (du grec ancien signifiant « grande langue »), en référence à sa trompe particulièrement développée. Son nom « Moro » évoque une teinte sombre, tandis que le terme « sphinx » vient de l’attitude de sa chenille, qui a tendance à se redresser à la manière du célèbre monstre mythologique.
Bien qu’il soit classé parmi les papillons de nuit, le Moro-sphinx possède des mœurs diurnes : il s’active et vit principalement le jour. C’est une espèce ubiquiste, ce qui signifie qu’on peut la croiser un peu partout, aussi bien à la campagne (dans les prés, les friches, les haies) que dans les parcs urbains ou sur les balcons, en train de butiner un pot de fleurs.
Un vol stationnaire spectaculaire
Ce qui frappe le plus chez le Moro-sphinx, c’est son mode de déplacement. À l’image du colibri, il est capable d’effectuer un vol stationnaire pour butiner. Grâce à un battement d’ailes extrêmement rapide – environ 75 battements à la seconde –, il se stabilise devant une fleur et y déploie sa longue trompe pour en collecter le nectar.
Le corps du Moro-sphinx est plutôt trapu et grisâtre, tandis que ses ailes arborent une couleur orangée lorsqu’elles s’activent. C’est un insecte extrêmement rapide, capable de voler à des vitesses allant de 40 à 50 km/h, ce qui en fait l’un des papillons les plus rapides, mais aussi un véritable défi pour les photographes ! Parfois, sa trompe disproportionnée peut même le jouer des tours et se retrouver temporairement coincée dans certaines fleurs.
Cycle de vie et importance de la diversité végétale
Le Moro-sphinx est observable de fin mars à novembre. Durant la période de reproduction, entre mai et août, la femelle pond environ 200 œufs. Comme tous les papillons, le Moro-sphinx est très sélectif : il possède une « plante hôte » bien spécifique sur laquelle il dépose ses œufs. Pour cette espèce, il s’agit des gaillets (des plantes un peu grasses). Ce choix est crucial, car une fois transformée en chenille, la larve se nourrira exclusivement de cette plante. Cet exemple rappelle l’importance de préserver une belle diversité végétale dans nos espaces : moins il y a de variétés de plantes, moins il y a de diversité de papillons.
Le passage de l’œuf à l’adulte (en passant par les stades de chenille et de chrysalide) peut prendre plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années selon les générations. Paradoxalement, alors que cette période de développement est très longue, la vie du papillon adulte est souvent éphémère et ne dure que quelques jours, le temps pour lui de s’accoupler et de se reproduire.
Prochain rendez-vous : Lors de la prochaine chronique, Étienne Clément abordera les « oiseaux du bâti », ces espèces comme l’hirondelle de fenêtre, l’hirondelle rustique ou le martinet, qui profitent de nos constructions et de nos maisons pour nidifier en pleine saison printanière.
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