Chaumont au fil du temps, format court, épisode 6. Plus grand ouvrage en pierre d’Europe, le viaduc de Chaumont domine la vallée de la Suize depuis près de 170 ans. Derrière cette silhouette familière se cache pourtant une histoire hors du commun, marquée par un chantier titanesque, des défis techniques inédits et une reconstruction éclair après la Seconde Guerre mondiale.
Entretien avec Julien Marasi, chargé d’inventaire du patrimoine bâti :
S’il est aujourd’hui l’image la plus emblématique de Chaumont, le viaduc n’a pourtant pas toujours fait partie du paysage. Son histoire débute au milieu du XIXe siècle, à une époque où le développement du chemin de fer transforme profondément le territoire français. En 1852, l’État lance la création d’une ligne reliant Blesme, dans la Marne, à Gray, en Haute-Saône, avec un passage par Saint-Dizier, Joinville, Chaumont et Langres. Très vite, une question se pose : comment permettre au train d’atteindre la cité préfecture sans construire une gare au fond de la vallée ?
Un projet audacieux pour rapprocher la gare du centre-ville
Après plusieurs études, c’est l’ingénieur Decomble qui apporte la solution en février 1855. Son idée : bâtir un immense viaduc capable de franchir la vallée de la Suize. Avec ses 50 arches réparties sur dix travées, près de 600 mètres de longueur et une hauteur d’environ 50 mètres, le projet permet surtout d’implanter la gare à proximité du centre-ville. Une proposition qui convainc immédiatement les décideurs et lance l’un des plus grands chantiers de son époque.
Quinze mois pour bâtir un géant de pierre
Les travaux débutent sans attendre. Sur un chantier de près de 20 hectares, quelque 2 500 ouvriers, dont 400 tailleurs de pierre, se relaient jour et nuit pendant seulement quinze mois. Les matériaux proviennent d’une quinzaine de carrières des environs, tandis que trois immenses tours d’approvisionnement, alimentées par des machines à vapeur, permettent d’acheminer les pierres jusqu’au chantier.
La première pierre est posée le 21 août 1855. Un peu plus d’un an plus tard, près de 60 000 m³ de maçonnerie ont été mis en œuvre. Une première locomotive traverse le viaduc le 25 novembre 1856 avant une inauguration officielle, le 18 avril 1857, devant près de 400 invités. Aujourd’hui encore, le viaduc de Chaumont conserve un record impressionnant : celui du plus grand ouvrage en pierre d’Europe.
Détruit pendant la guerre, reconstruit en un temps record
L’histoire du viaduc connaît un épisode plus sombre à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 31 août 1944, lors de leur retraite, les troupes allemandes font sauter trois piles afin d’interrompre le trafic ferroviaire.
Dès la Libération de Chaumont, les travaux de reconstruction s’engagent. Les gravats sont rapidement déblayés, un tablier provisoire est installé afin de rétablir la circulation ferroviaire dès le 5 janvier 1945, avant la reconstruction définitive. Là encore, la rapidité des travaux impressionne : le viaduc est de nouveau inauguré le 6 novembre 1945, quelques mois seulement après le début du chantier.
Bien plus qu’un ouvrage ferroviaire
Au fil des décennies, le viaduc est devenu bien plus qu’une infrastructure ferroviaire. Visible à des kilomètres à la ronde, il s’est imposé comme l’emblème de Chaumont et l’un des monuments les plus reconnaissables de la Haute-Marne.
Son architecture exceptionnelle lui a valu d’être représenté sur un timbre postal en 1960 et d’apparaître dans plusieurs films, parmi lesquels Le Pacha, Le Cerveau ou encore Un étrange voyage. Autant de témoignages qui rappellent que ce chef-d’œuvre d’ingénierie continue, près de 170 ans après sa construction, de raconter une partie de l’histoire de Chaumont.
Tous les épisodes de Chaumont au Fil du Temps sont à retrouver ici.