Chaumont au fil du temps, format court, épisode 3. Dans le cadre de sa démarche de valorisation du patrimoine, la Ville de Chaumont s’est appuyée sur la dendrochronologie pour mieux dater plusieurs édifices anciens. Cette méthode scientifique, fondée sur l’étude du bois, a permis de confirmer certaines hypothèses, mais aussi de mettre au jour des éléments totalement inédits, notamment concernant la basilique Saint-Jean-Baptiste.
Entretien avec Julien Marasi, chargé d’inventaire du patrimoine bâti :
À Chaumont, quand les archives écrites font défaut, c’est parfois le bois lui-même qui raconte l’histoire. C’est tout l’intérêt de la dendrochronologie, une méthode scientifique qui permet de dater des structures anciennes à partir de l’étude des cernes de croissance du bois.
En décembre 2025, deux spécialistes venus de l’université de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, Willy Tegel et Bernhard Muigg, sont intervenus à Chaumont pour réaliser une campagne de prélèvements sur plusieurs bâtiments anciens de la ville. Une centaine d’échantillons ont ainsi été prélevés sur des charpentes ou des planchers d’une douzaine d’édifices, parmi lesquels des hôtels particuliers, des maisons anciennes et la basilique Saint-Jean-Baptiste.
Quand la science complète les archives
L’objectif de cette démarche était clair : mieux comprendre l’histoire architecturale de Chaumont, dans une ville où les sources écrites restent parfois très limitées pour certains bâtiments remarquables. En analysant le bois, les spécialistes peuvent estimer à quelle période un élément de charpente ou de plancher a été mis en œuvre, et donc affiner la chronologie de construction ou de transformation d’un édifice.
Cette méthode permet ainsi de lever des doutes, de confirmer certaines datations déjà supposées, mais aussi d’ouvrir de nouvelles pistes sur l’évolution du patrimoine bâti chaumontais.
La basilique livre des surprises majeures
Parmi les résultats les plus marquants figure le cas de la basilique Saint-Jean-Baptiste. Les analyses ont d’abord confirmé une donnée déjà connue grâce aux sources écrites : la charpente du chœur a bien été construite en 1535.
Mais la dendrochronologie a surtout mis au jour des éléments inattendus. Une poutre de la charpente a ainsi été datée de 1285, ce qui pourrait correspondre à la mise en place de la structure initiale. Plus surprenant encore, l’essentiel de la charpente actuelle semble dater des environs de 1413. Une information qui laisse penser qu’une reconstruction intégrale a eu lieu à cette époque, sans que cela ait été identifié jusqu’ici.
Ces résultats apportent donc un éclairage nouveau sur l’histoire de la basilique et montrent à quel point l’étude scientifique du bâti peut renouveler la compréhension d’édifices pourtant bien connus.
Mieux comprendre l’évolution de Chaumont
Au-delà de la basilique, cette campagne de prélèvements devait aussi permettre de mieux dater d’autres bâtiments de la vieille ville, qu’il s’agisse d’hôtels particuliers ou de maisons anciennes. En comparant les structures, les techniques et les périodes de mise en œuvre, la Ville cherche à mieux cerner l’évolution de l’architecture chaumontaise au fil des siècles.
La dendrochronologie devient ainsi un outil précieux pour enrichir la connaissance patrimoniale du territoire, au croisement de l’histoire, de l’archéologie et de l’architecture.
À Chaumont, cette plongée dans le bois ancien montre en tout cas une chose : même après plusieurs siècles, certains bâtiments ont encore beaucoup à dire.

Tous les épisodes de Chaumont au Fil du Temps sont à retrouver ici.