Le 18 juin 2026, le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional (CESER) Grand Est s’est réuni en session plénière à Metz. Dans un contexte marqué par de vifs débats nationaux sur l’existence même de ces institutions, la présidente Marie-Claude Briet-Clément s’est exprimée au micro d’Active Radio. Entre soulagement institutionnel et vigilance démocratique, elle livre une analyse sans concession des menaces qui pèsent sur la participation citoyenne.
Un sursis institutionnel : l’origine de la crise
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CESER Grand Est, face aux crises, l’assemblée citoyenne réaffirme son rôle stratégiqueredaction
Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter un an en arrière. En avril 2025, un amendement visant purement et simplement à supprimer les CESER avait été déposé par plusieurs députés, menés par un élu de la région Grand Est, dans le cadre de la loi de simplification de la vie économique.
Bien que rejeté par l’Assemblée nationale dans un premier temps, le texte a ensuite fait l’objet d’une commission mixte paritaire (CMP) qui a introduit une disposition visant à rendre les CESER optionnels, laissant leur existence au bon vouloir des présidents de Régions. Votée par le Parlement en avril dernier, cette menace directe a finalement été écartée par le Conseil constitutionnel, saisi par deux groupes politiques transpartisans.
Une victoire en demi-teinte mais un changement de statut majeur
Interrogée sur cette décision, Marie-Claude Briet-Clément refuse pourtant de crier victoire :
« Je ne parlerai pas de victoire. Néanmoins, le libellé [du Conseil constitutionnel] dit que nous ne sommes pas un organe de concertation, ni une assemblée consultative, mais bien une assemblée qui concourt par ses avis à l’administration régionale. C’est un vrai changement de cap sur le regard qui est posé sur la place des CESER. »
Désormais reconnus juridiquement comme la seconde assemblée des régions, les CESER sortent renforcés dans leur définition, passant d’un statut consultatif à un statut de contributeur direct à l’action publique.
Vigilance face au recul démocratique et écologique
Malgré cette reconnaissance, la présidente du CESER Grand Est appelle à une vigilance absolue. Elle rappelle que la tentation de réduire la place de la société civile reste forte au niveau national. Selon elle, les attaques contre le CESER s’inscrivent dans une tendance plus large de contestation des outils de transition, à l’image des débats entourant le ZAN (Zéro Artificialisation Nette) ou les ZFE (Zones à Faibles Émissions) :
« Les “anti” ont la vie dure dès lors qu’il s’agit de mettre à mal tout exercice démocratique et tout exercice qui va permettre aux citoyens d’être un peu plus éclairés sur l’action publique. »
Faisant un parallèle direct avec la situation climatique actuelle, la France traversant une période de canicule renforcée sur l’ensemble de son territoire, elle déplore qu’un certain nombre de parlementaires cherchent encore à réduire les marges liées aux actions de transition écologique, une démarche qui va souvent de pair avec la réduction de la participation citoyenne.
Cap sur de nouvelles responsabilités
Face à ces défis, le CESER Grand Est n’entend pas faiblir. Pour Marie-Claude Briet-Clément, l’avenir de l’institution repose sur sa capacité à assumer pleinement son nouveau statut :
Renforcer sa contribution au débat démocratique régional.
Éclairer les citoyens et les décideurs sur les enjeux de long terme (climat, précarité, transports).
Affirmer sa place incontournable aux côtés du Conseil régional pour co-construire l’avenir du territoire.
La vigilance reste donc le maître-mot pour cette assemblée citoyenne, plus que jamais décidée à faire entendre la voix des forces vives du Grand Est.
Dans le prolongement de sa session plénière, le CESER Grand Est s’est également mobilisé sur le front de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Marie-Claude Briet-Clément est revenue sur le vote à l’unanimité d’une motion d’alerte visant à soutenir un secteur plongé dans l’incertitude à la suite d’annonces gouvernementales de réductions budgétaires.
Une menace directe pour le tissu associatif et local
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CESER Grand Est, face aux crises, l’assemblée citoyenne réaffirme son rôle stratégiqueredaction
L’alerte avait été initialement déclenchée à la suite d’une annonce ministérielle prévoyant une baisse de 30 % des financements de l’État pour l’ESS au niveau national. Pour le Grand Est, l’impact de cette décision s’est traduit de manière très concrète sur le terrain.
La présidente du CESER cite notamment le cas d’une convention triennale d’État dont les crédits ont été amputés, bloquant le démarrage d’actions cruciales dans le secteur de Toul (Meurthe-et-Moselle). Ce projet visait spécifiquement le repérage et l’accompagnement des jeunes les plus éloignés de l’emploi.
Au-delà de ce cas précis, c’est tout un pan de l’économie régionale qui s’est retrouvé fragilisé :
Le secteur associatif et de l’insertion par l’activité économique.
Les mutuelles et les structures de coopération d’intérêt collectif.
Le secteur de l’aide à la personne, du soin, ainsi que les établissements médico-sociaux.
Les instituts de formation sanitaire et sociale.
Un plan social silencieux : plus de 1 100 emplois supprimés
Marie-Claude Briet-Clément dénonce un véritable « plan social à bas bruit » à l’échelle de la région. Moins médiatisé que les crises industrielles ou agricoles, le secteur associatif peine à mobiliser les foules malgré la gravité de la situation.
« En un an, c’est plus de 1 100 emplois supprimés à la hauteur du Grand Est. Les acteurs associatifs essaient tant bien que mal de trouver des solutions, mais cela réduit les actions et fragilise tout l’accompagnement professionnel. »
Une lueur d’espoir : le gouvernement fait marche arrière
Face à cette mobilisation, une issue positive a finalement été trouvée au début de cette semaine. Le Premier ministre est revenu sur sa décision et a rétabli les crédits initialement prévus, apportant ainsi un soutien indispensable à l’action de l’organisme ESS France.
Une victoire encourageante pour le CESER Grand Est, qui avait porté cette motion sous l’égide d’ESS France, réaffirmant au passage la force de leur partenariat. Celui-ci sera d’ailleurs mis à l’honneur lors de la prochaine Foire de Châlons.
Précarité en Grand Est : le CESER valide le rapport « Vivre avec moins » et interpelle les acteurs publics
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CESER Grand Est, face aux crises, l’assemblée citoyenne réaffirme son rôle stratégiqueredaction
Dans ce troisième volet de son intervention, la présidente du CESER Grand Est détaille les conclusions d’un travail d’envergure adopté à l’unanimité (moins une abstention) : le rapport « Vivre avec moins ». Ce document de plus de 100 pages, désormais disponible en ligne, s’inscrit au cœur des priorités de la mandature visant à enrayer la pauvreté et les discriminations dans la région.
Un travail collectif réalisé en temps record
Mené sous la direction d’Odile Agrafeil, première vice-présidente du CESER, ce rapport a été finalisé en moins de six mois afin de répondre aux exigences d’efficacité du calendrier politique. Pour nourrir cette réflexion, l’institution a croisé de nombreuses approches :
Groupes de travail dédiés et analyse de rapports existants.
Auditions croisées, notamment auprès d’acteurs de terrain de la lutte contre la pauvreté.
Participation des jeunes (moins de 35 ans), qui représentent 9 des 180 membres de l’assemblée, en lien avec le CRAJEP et les organisations étudiantes.
Recueil de témoignages directs de personnes en situation de précarité afin d’ancrer le rapport dans la réalité du quotidien.
Marie-Claude Briet-Clément précise que le CESER se tient à la disposition de toutes les organisations régionales souhaitant organiser des débats ou des présentations autour de ce travail, qu’elle considère comme une « première étape ».
Redéfinir la précarité et ses urgences face aux carences de l’État
Le CESER a choisi d’adopter la définition historique du Père Joseph Wresinski :
« La précarité, c’est l’absence d’une ou de plusieurs des sécurités, notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et aux familles d’assumer leurs activités familiales, sociales, professionnelles, et de jouir de leurs droits fondamentaux. »
La présidente rappelle avec gravité qu’aucune grande loi de lutte contre les exclusions n’a été votée depuis 1998. Face à ce constat de près de 30 ans d’inaction nationale, et dans un contexte de restrictions budgétaires et de raréfaction de l’argent public, le CESER dénonce également des projets de lois nationaux (notamment sur la simplification des normes) qui menacent de rendre optionnels les CCAS (Centres Communaux d’Action Sociale). Un non-sens absolu pour l’institution alors que ces structures sont en première ligne.
De plus, une baisse de financement de la formation professionnelle des demandeurs d’emploi a été constatée dans les comptes de la région 2025, impactant directement les organismes de formation souvent associatifs.
Les 5 grands axes et 32 préconisations du CESER
Pour répondre à l’urgence, le rapport s’articule autour de 5 axes directeurs destinés à guider l’action publique régionale :
1. Passer d’une logique comptable à une approche humaine
L’objectif est de mettre en place des politiques coordonnées et pérennes à l’échelle de l’État, de la Région et des Départements, tout en évitant le « saupoudrage des aides ».
2. Lutter contre le non-recours et humaniser l’accompagnement
Le CESER prône une simplification des démarches et l’éradication des logiques de sanctions inefficaces qui frappent souvent les bénéficiaires de prestations comme le RSA.
3. Sécuriser les parcours professionnels
Il s’agit de renforcer la formation et de rendre urgemment attractifs les métiers du social (actuellement touchés par une grave crise de désamour liée aux conditions de travail et de rémunération).
4. Garantir l’accès aux besoins fondamentaux
Le rapport cible trois priorités vitales devenues critiques :
Se nourrir
Se loger dignement (en évitant les passoires thermiques).
Se chauffer ou se rafraîchir (notamment en période de canicule).
5. Lever le frein de la mobilité
Cet axe vise à garantir l’accès à l’emploi et à la santé, avec une protection spécifique ciblée sur les moins de 26 ans et les seniors.
Déplacer les termes du débat sur la pauvreté
En conclusion, Marie-Claude Briet-Clément a tenu à démonter un préjugé tenace et récurrent lors des débats économiques : la prétendue responsabilité des personnes pauvres vis-à-vis de leur situation en raison des emplois non pourvus.
Les chiffres avancés par le CESER sont sans appel et remettent la réalité au centre de l’équation : la région et le pays comptent actuellement environ 450 000 emplois non pourvus pour plus de 6 millions de personnes en situation de pauvreté. Le ratio démontre mathématiquement qu’il est indispensable de déplacer le débat vers des solutions structurelles d’accompagnement plutôt que vers la stigmatisation.
En effet, la gestion et l’avenir des infrastructures de transport soulèvent d’importantes questions en matière d’investissements et d’adaptation au changement climatique. Dans la continuité des analyses du CESER, plusieurs points majeurs se dessinent :
Un contexte budgétaire contraint pour les régions
Comme l’a souligné la présidente, les régions se trouvent aujourd’hui bridées dans leurs actions. Alors qu’elles sont attendues sur un rôle de stratège, elles dépendent de manière quasi exclusive des financements nationaux. Face à la baisse des dotations, le CESER appelle à la prudence, constatant une hausse de l’endettement au niveau régional. Parmi les points de préoccupation notables, on relève :
La baisse des financements dédiés à la formation des demandeurs d’emploi.
Une diminution des budgets alloués à la recherche, à l’innovation et à l’aménagement du territoire.
Un recul des réalisations environnementales (comme la baisse des plantations de haies et le repli des investissements sylvicoles).
L’avenir des plateformes aéroportuaires
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CESER Grand Est, face aux crises, l’assemblée citoyenne réaffirme son rôle stratégiqueredaction
Le CESER a rendu un avis concernant la stratégie aéroportuaire régionale, qui doit impérativement concilier le défi de la décarbonation avec celui du développement économique et de la cohésion des territoires. Les aéroports de Metz-Nancy-Lorraine (propriété de la Région) et de Vatry présentent des modèles économiques extrêmement faibles. L’institution invite donc à anticiper des mutations, des diversifications d’activités, voire des reconversions pour ces plateformes.
Transports ferroviaires et routiers : l’axe Hauts-de-France / Grand Est
Un travail de coopération majeur a été mené entre les CESER des Hauts-de-France et du Grand Est, avec la participation de celui de Bourgogne-Franche-Comté. Ce couloir géographique est une artère vitale :
40 % des transports de voyageurs sont concentrés sur ces territoires.
50 % du transport de marchandises y transite.
Face au mur d’investissements nécessaire pour moderniser ces réseaux, le CESER préconise une planification coordonnée qui dépasse les frontières régionales. Il appelle également à réaliser un diagnostic fin du patrimoine routier (qui fait actuellement défaut) et exprime de fortes réserves sur l’écocontribution poids lourds en raison des risques de reports de trafic. Enfin, l’institution insiste sur le maintien indispensable de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF).
Les prochains rendez-vous du CESER
Pour suivre l’actualité et consulter l’ensemble des bilans et comptes rendus, les citoyens peuvent se rendre directement sur le site internet du CESER Grand Est. La présidente a également rappelé deux échéances importantes :
Le Prix des solidarités rurales : Il reste une semaine avant la clôture des candidatures (qui comptent déjà environ 75 dossiers). Cette édition marquera les 10 ans du prix, un anniversaire qui sera célébré le 24 novembre 2026.
La Foire de Châlons (1er septembre) : Le CESER y fêtera officiellement ses 10 ans lors d’un colloque intitulé « Penser l’industrie du XXIe siècle : quel défi pour le Grand Est ? ». Cet événement accueillera de grands acteurs nationaux (le CESE, l’ADEME, l’ANCT) et locaux (comme l’équipe de Nogentech). L’après-midi sera consacrée au lancement de la marque ESS (Économie Sociale et Solidaire) en partenariat avec ESS France.
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