Avec plusieurs relégations enregistrées à l’issue de la saison 2025-2026, le football haut-marnais a encore reculé au niveau régional. Pour Jordan Simon, directeur du District Haute-Marne de football, le constat est clair : la situation est difficile sur le plan sportif, mais elle n’a rien de surprenant. Derrière cette réalité, l’instance départementale veut surtout défendre une ligne mêlant lucidité, travail de fond et espoir pour les années à venir.
Entretien avec Jordan Simon, directeur du District :
L’émission complète :
Le football haut-marnais continue de perdre du terrain au niveau ligue. Cette fin de saison 2025-2026 l’a encore confirmé avec plusieurs descentes marquantes : le Chaumont FC quitte la R1 pour la R2, le SMC Marnaval est lui aussi relégué en R2 même s’il a de grandes chances d’être repêché en R1, Chevillon redescend de R2 en R3, tandis qu’Andelot, Prez/Bourmont et Marnaval “2” quittent la R3 pour retrouver la D1 départementale.
Un tableau qui peut alimenter l’inquiétude, voire le sentiment d’un déclin du football haut-marnais au niveau régional. Mais du côté du District, ce constat est posé sans détour depuis déjà plusieurs années.
Un recul sportif qui n’a rien d’une surprise
Pour Jordan Simon, il ne faut pas se raconter d’histoire : sportivement, la situation est compliquée. Mais elle n’a rien d’inattendu. Le District explique depuis longtemps aux clubs, aux élus et aux acteurs locaux que la Haute-Marne devait se préparer à une baisse progressive de son niveau régional.
La raison est simple : un département rural comme la Haute-Marne ne peut pas durablement lutter, à armes égales, avec des territoires plus peuplés, plus riches et plus structurés. Entre le contexte démographique, les limites économiques et la professionnalisation croissante des clubs ailleurs dans le Grand Est, l’écart se creuse mécaniquement.
Dans certains départements, des clubs sont capables de rémunérer des joueurs dès la R3, de salarier des éducateurs et de structurer leur fonctionnement à un niveau que la plupart des clubs haut-marnais ne peuvent pas atteindre aujourd’hui.
Une réalité à accepter pour mieux reconstruire
Le District assume donc une forme de réalisme. L’idée n’est pas de nier la difficulté, ni de dramatiser à l’excès, mais de regarder la situation en face. Pendant un temps, certains résultats ou certaines résistances ont pu masquer la réalité de fond. Mais pour Jordan Simon, le moment est venu d’accepter que la Haute-Marne jouera au niveau qu’elle est aujourd’hui capable de soutenir.
Cela ne signifie pas que le football haut-marnais serait moins bon ou moins digne d’intérêt. Cela signifie simplement qu’il doit se comparer à ce qu’il est réellement : un territoire rural, avec des forces, mais aussi des limites objectives. Et c’est à partir de là qu’il faut travailler.
Des raisons d’y croire malgré tout
Pour autant, le District refuse tout discours fataliste. Jordan Simon insiste sur le fait que la mort du football haut-marnais n’est pas à l’ordre du jour. Au contraire, il voit plusieurs raisons concrètes de garder de l’optimisme.
D’abord parce qu’un travail de structuration a été engagé depuis plusieurs saisons. La Haute-Marne a par exemple bénéficié cette année d’un deuxième conseiller technique, ce qui n’a rien d’anodin. Des centres de perfectionnement technique ont aussi été mis en place, avec un travail plus poussé sur la détection, l’accompagnement et la progression des jeunes.
Ce sont des actions de fond, dont les effets ne seront pas visibles immédiatement, mais plutôt dans les années à venir. Pour le District, les résultats d’aujourd’hui ne disent pas forcément ce que sera la situation dans dix ans.
La structuration, clé du maintien au niveau ligue
Le cas de Bologne illustre bien cette logique. Champion de D1, vainqueur de la Coupe de Haute-Marne et promu en R3, le club aborde une nouvelle étape. Mais le District rappelle que le plus difficile ne réside pas uniquement dans le niveau de jeu.
Le vrai écart entre le district et la ligue se situe aussi dans les obligations de structure : formation des encadrants, organisation humaine, stabilité du projet, capacité à encadrer les jeunes, à anticiper et à professionnaliser certains aspects du fonctionnement.
C’est souvent là que les clubs se heurtent au mur de la transition. Monter sportivement ne suffit pas, il faut aussi être prêt à absorber les exigences qui vont avec. Et sur ce point, Jordan Simon estime que Bologne a su suivre la politique de structuration encouragée depuis plusieurs années, ce qui peut lui permettre d’aborder cette accession avec de meilleures bases.
Dix clubs haut-marnais restent encore au niveau ligue
Malgré les relégations enregistrées, la Haute-Marne conserve encore une présence importante dans les championnats régionaux. En prenant en compte la situation actuelle, le département comptera encore dix équipes au niveau ligue la saison prochaine.
En R1, pour l’instant, plus aucun club n’est officiellement maintenu, même si Marnaval pourrait finalement être repêché. En R2, le Chaumont FC sera donc potentiellement le seul représentant haut-marnais. En R3, on retrouvera le promu Bologne, Eurville, Éclaron, Saints-Geosmes, Sarrey/Montigny, la réserve du Chaumont FC, l’USIB Vaux-sur-Blaise et le relégué Chevillon.
Le constat reste donc difficile, mais il n’a rien d’un effondrement total. Et c’est aussi ce que veut rappeler le District : la Haute-Marne reste présente, avec encore des clubs capables d’exister à l’échelle régionale.
Rester ambitieux, mais à la bonne échelle
Au fond, le message porté par Jordan Simon tient en une ligne : oui, le football haut-marnais traverse une période sportive compliquée au niveau ligue, mais cela ne doit ni faire oublier le travail engagé, ni conduire à un discours trop noir.
L’enjeu est plutôt de reconstruire avec lucidité, en s’appuyant sur les nouvelles générations, sur les jeunes dirigeants qui arrivent, sur la formation, sur la structuration et sur des projets plus solides. Le District veut croire que cette phase de recul peut aussi devenir une étape de transition, avant un possible rebond.
Le football haut-marnais ne vit sans doute pas ses années les plus faciles. Mais pour son instance départementale, il a encore de vraies raisons de croire en la suite.