Chaque année, d’avril à juillet, les bénévoles de la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) sillonnent les plaines agricoles. Leur objectif ? Repérer et protéger les nids de busards, des rapaces particulièrement vulnérables à l’approche des moissons. Une mission de sauvegarde impossible à mener sans une étroite collaboration avec le monde agricole.
Rencontre avec Sylvie DEWASME, coordinatrice vie associative à la LPO
Une espèce, trois visages
Contrairement aux idées reçues, le terme « busard » regroupe trois espèces distinctes dans nos régions :
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Le Busard cendré : Un oiseau migrateur qui passe l’hiver en Afrique et revient chez nous chaque année au mois d’avril.
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Le Busard Saint-Martin : Plus sédentaire, bien qu’il effectue de courts déplacements vers le sud durant l’hiver.
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Le Busard des roseaux : Une espèce également très mobile.
Ces trois rapaces partagent une particularité biologique majeure et problématique à notre époque : ils nichent directement au sol, au cœur des cultures. À l’origine, ils s’installaient dans les prairies, les broussailles ou les roselières. Face à la disparition de ces habitats naturels, ils ont trouvé dans les champs de blé ou d’orge un substitut ressemblant à leur environnement d’origine.
En Champagne-Ardenne, cette dynamique mobilise chaque année les bénévoles dans les départements de l’Aube, la Marne et la Haute-Marne.

Le repérage : un travail de patience
Pour protéger ces oiseaux, la première étape consiste à localiser les nids, une tâche minutieuse qui demande du temps et de l’observation depuis les chemins bordant les cultures.
Les bénévoles recherchent les couples au moment précis de la « passe de proie ». La femelle restant généralement à proximité du nid, le mâle part chasser et lui apporte de la nourriture. En plein vol, le mâle lâche la proie que la femelle récupère habilement. C’est à ce moment-là que les observateurs tentent de repérer, à l’aide de jumelles, l’endroit exact où la femelle se pose pour nourrir ses petits ou couver ses œufs.
Une action vitale encadrée et concertée
Le busard est une espèce protégée mais en fort déclin. Aujourd’hui, on estime que 70% à 80% des busards n’existeraient plus sans l’intervention des bénévoles, les jeunes oiseaux risquant d’être broyés par les moissonneuses-batteuses avant d’avoir pu s’envoler.
Pour éviter cela, les bénévoles déploient des outils adaptés (surveillance par drones, pose de cages de protection en grillage autour du nid pour repousser aussi les prédateurs).
Un cadre légal et respectueux du travail agricole : Les busards étant des espèces protégées, les bénévoles de la LPO sont officiellement enregistrés auprès de la DREAL Grand Est. Ils bénéficient d’une dérogation administrative leur permettant d’intervenir en cas de danger lié aux activités agricoles. Toutefois, aucune intervention n’est menée dans une parcelle sans l’accord préalable et indispensable du propriétaire ou de l’exploitant du champ. La survie de ces rapaces repose entièrement sur cette alliance de confiance avec les agriculteurs.

Événement et appel à la vigilance citoyenne
Pour tout savoir sur ces élégants rapaces et découvrir comment leur venir en aide, une soirée de sensibilisation gratuite est organisée le vendredi 12 juin 2026 à 20h, à la salle des fêtes de Magnicourt (entrée libre).
Au programme : la projection du film Le Busard sur la paille — qui retrace toute une saison de sauvetage — suivie d’un temps d’échange avec des bénévoles investis, notamment Jacqueline GILLET. Cet événement est soutenu par la commune de Magnicourt dans le cadre du Plan Régional d’Actions Oiseaux de plaines agricoles (animé par la LPO Champagne-Ardenne et ODONAT Grand Est via le programme Life Biodiv’Est).
Comment aider ? Chacun peut participer à cette action en transmettant simplement ses observations. Si vous repérez un couple de busards ou suspectez un nid, contactez la LPO Champagne-Ardenne au 03.26.72.54.47. Les bénévoles locaux prendront le relais pour sécuriser la nichée en accord avec l’agriculteur.