Chaumont au fil du temps, format court, épisode 1. Au cœur de la basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont, un ensemble sculpté attire l’attention des amateurs de patrimoine et d’art religieux : le sépulcre. Installé dans une chapelle discrète, presque cachée derrière une grille, ce groupe polychrome représentant la mise au tombeau du Christ est considéré comme l’un des plus beaux de France.
Entretien avec Julien Marasi, chargé d’inventaire du patrimoine bâti :

Parmi les trésors conservés dans la basilique Saint-Jean-Baptiste de Chaumont, le sépulcre occupe une place à part. Niché dans une chapelle sombre située à gauche de l’entrée principale, cet ensemble monumental impressionne autant par sa taille que par la force de son réalisme.
Il représente logiquement le tombeau du Christ, mais avec une particularité qui le rend d’autant plus exceptionnel : il met en scène onze personnages grandeur nature. Un chiffre rare pour ce type de composition, qui contribue à faire du sépulcre de Chaumont l’un des plus remarquables du pays.
Un vestige majeur d’une chapelle funéraire disparue
Ce groupe sculpté constitue aujourd’hui le principal témoignage de l’ancienne chapelle funéraire de ses donateurs, détruite à la Révolution. Sa construction aurait été engagée à partir de 1471 par Marguerite de Baudricourt, veuve du bailli Geoffroy de Saint-Blin, avec ses enfants, avant d’être achevée par Jean IV d’Amboise.
L’ensemble mêle la représentation des donateurs à deux scènes de la Passion du Christ : l’onction et la mise au tombeau. On y retrouve notamment Joseph d’Arimathie, Nicodème et, au centre de la composition, Sainte Marie-Madeleine. L’œuvre frappe par sa puissance expressive et par la qualité de ses visages, de ses gestes et de ses drapés.
Un style encore difficile à rattacher
Le style de ce sépulcre intrigue depuis longtemps les spécialistes. Le maître d’œuvre, resté anonyme, demeure difficile à situer avec précision. Les hypothèses avancées par les érudits le rapprochent tour à tour d’influences champenoises, bourguignonnes, germaniques ou encore italiennes.
Cette singularité renforce encore l’intérêt patrimonial de l’ensemble. À Chaumont, le sépulcre apparaît ainsi comme une œuvre à la croisée de plusieurs traditions artistiques, ce qui contribue à son caractère unique.
Une œuvre saisissante de réalisme
Au-delà de sa valeur historique, c’est aussi l’émotion qui domine devant cette composition en pierre polychrome. Les couleurs sauvegardées, la disposition des personnages et la mise en scène de la douleur donnent à l’ensemble une présence particulièrement forte.
Un dispositif automatique permet d’ailleurs d’éclairer quelques instants cette scène impressionnante, révélant tous les détails de l’œuvre et accentuant encore la puissance du face-à-face avec les personnages.
Dans une basilique déjà riche de nombreux éléments remarquables, le sépulcre demeure ainsi l’un des joyaux les plus saisissants du patrimoine chaumontais. Un chef-d’œuvre discret, presque caché, mais qui suffit à lui seul à rappeler la richesse artistique de l’édifice.