Du 10 au 28 mars 2026, le festival Tinta’mars revient en Pays de Langres pour une 38e édition fidèle à son esprit : proposer des spectacles à voir, à vivre et à rêver. Théâtre, musique, cirque, danse, marionnettes ou humour… la programmation se déploie à Langres mais aussi dans plusieurs villages du territoire, dans une volonté affirmée d’essaimer la culture au plus près des habitants.
Entretien avec Alexia Thiériot, chargée des actions culturelles à l’association Tinta’mars :
Cette édition 2026 s’inscrit dans le projet « Moissons », mené depuis un an avec la compagnie Mélampo, en résidence sur le territoire. Autour du blé, symbole de vie, de transmission et de renouveau, la compagnie a développé un travail de terrain qui irrigue le festival, notamment à travers la scénographie du hall de la salle Jean-Favre et la présentation d’Agâr, forme performative destinée aux tout-petits.
Une ouverture entre électro et mise à nu
Le coup d’envoi est donné mardi 10 mars à 20h30, à la salle Jean-Favre de Langres, avec Canopée de Boris Vigneron. Ce spectacle musical met en scène un musicien électro dont les machines défaillent peu à peu. Le show vacille, le masque tombe, et c’est une relation plus intime qui se tisse avec le public. Comme le veut la tradition, le Tinta’bar ouvre ses portes dès 19h pour un moment convivial autour de produits locaux.
Du théâtre dans les villages et des récits intimes
Le festival prend ensuite la route des villages. Wally présente Ma distinction, les 13 mars à Auberive et 14 mars à Changey. Dans ce seul-en-scène mêlant humour et émotion, il relie son parcours de « gosse de prolo » aux analyses de Pierre Bourdieu, évoquant la France ouvrière des années 1970 et la question de la prédestination sociale.
Toujours dans cette volonté de faire circuler les spectacles, Frigo Opus 2 de la compagnie Dis bonjour à la dame s’installe à Fayl-Billot puis à Rolampont. Ce clown lunaire, décidé à décoller avec son réfrigérateur transformé en fusée, embarque petits et grands dans un univers burlesque et poétique, où l’improvisation et l’interaction occupent une place centrale.
À Langres, la compagnie Taxi-Brousse propose Le Paradoxe de l’endive le 17 mars. Alexis Louis-Lucas y revisite ses souvenirs d’adolescence dans une fable sur la transmission et l’humilité, explorant cet âge fragile où l’on cherche à « faire pousser ses feuilles ».
Avec L’Inattendu, présenté à Marac puis à Velles, la compagnie belge L’Arbre rouge invite le public à tirer au sort des histoires vraies, étonnantes et parfois bouleversantes. Un spectacle ludique, participatif, où chacun peut aussi devenir conteur.
Une large place au jeune public
Tinta’mars confirme son engagement en faveur de l’enfance et de la jeunesse avec une programmation particulièrement dense. Dès le 14 mars, À qui mieux mieux de Renaud Herbin, à Rolampont, met en scène un être débordant de vie qui tente de dire sa propre naissance, dans une forme à la fois philosophique et accessible dès 3 ans.
À Langres, Suzette Project de la Daddy Cie ! aborde la question des modèles familiaux à travers l’enquête menée par une fillette dont le poème pour ses deux mamans a été déchiré.
Le 18 mars, Sous les papiers… la plage ! de la compagnie Prise de Pied entraîne les plus jeunes dans le bureau d’un employé rêvant d’évasion, tandis qu’Et puis, proposé par La Soupe Cie, déploie une fresque visuelle et musicale autour des liens entre l’être humain et la nature.
Le 21 mars, Histoire de la fille qui ne voulait pas être un chien, de la compagnie Foule Théâtre, raconte le parcours d’une enfant apprenant à dire « non » et à trouver sa propre voie.
Le 25 mars, la journée langroise se poursuit avec Battre le ciel de la compagnie L’Indocile, chronique familiale drôle et bouleversante, puis Affranchies de la compagnie Bahia, pièce chorégraphique où cinq danseuses mêlent hip-hop et contemporain pour clamer un besoin de liberté.
À Montsaugeon, Bibliotron de la compagnie Babelfish met en scène deux scientifiques tentant de donner vie à des livres grâce à une étrange machine, dans un spectacle de marionnettes aussi fantasque qu’incontrôlable.
Enfin, Agâr de la compagnie Mélampo, présenté le 27 mars au Relais Petite Enfance de Langres, constitue l’aboutissement du projet « Moissons ». Pensé comme un espace immersif fait d’argile et de blé, ce spectacle-performance invite les tout-petits à entrer, par petits groupes, dans un couloir sensoriel où sons et matières racontent le territoire.
Un final en apothéose
Le festival s’achève le 28 mars à la salle Jean-Favre avec Les gros patinent bien de Pierre Guillois et Olivier Martin-Salvan. Dans un feu d’artifice de cartons et d’inventions scéniques, les deux artistes embarquent le public dans une épopée déjantée, entre cabaret burlesque et aventure shakespearienne. Là encore, le Tinta’bar accompagne la soirée pour clore ces trois semaines de spectacles dans la convivialité.
Porté par l’association Tinta’mars, en lien avec la Ville de Langres, la Ligue de l’enseignement et la Fédération départementale des foyers ruraux, le festival poursuit ainsi son travail de maillage culturel. Entre scènes urbaines et salles des fêtes villageoises, il cultive, à l’image du blé mis à l’honneur cette année, le goût du partage et de la transmission en Pays de Langres.
