Depuis 2013, le secteur n’avait pas connu une telle zone de turbulences. Entre baisse drastique des financements et chute des effectifs, le modèle de proximité porté par le réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA) vacille. Enquête sur une crise qui menace le cœur de l’économie locale.
L’apprentissage est plus qu’une formation pour l’artisanat : c’est son ADN. Avec plus de 110 000 apprentis formés chaque année, dont 90 % en niveau Bac ou infra-Bac, le réseau des CMA est le premier rempart contre le chômage des jeunes et le principal moteur de la vitalité des territoires. Pourtant, ce fleuron français est aujourd’hui « gravement menacé ».
Christophe Richard, président de la CMA Grand Est au micro d’Active Radio
Un succès quantitatif qui cache une fracture
La loi de 2018 avait suscité de grands espoirs, doublant, voire triplant les effectifs nationaux. Mais ce succès a profité prioritairement aux formations supérieures, délaissant parfois les niveaux de proximité. Le réseau des CMA dénonce aujourd’hui une « régulation aveugle » :
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L’irruption de nouveaux opérateurs en quête de rentabilité.
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Un déséquilibre financier au profit du supérieur.
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Une absence de pilotage stratégique malgré des alertes répétées depuis 2022.
Le choc financier : 30 millions d’euros de perte en 2025
La réalité comptable est brutale. Les révisions successives des Niveaux de Prise en Charge (NPEC) vont entraîner une baisse de 8 % des moyens de fonctionnement dès septembre 2025. Pour les CMA, l’équation est impossible : une perte de ressources estimée à 30 millions d’euros et un résultat d’exploitation qui plonge sous la barre du zéro.
« Nous sommes très loin de la promesse de 2018… les investissements les plus coûteux n’ont jamais été intégrés dans le calcul de l’État », déplore le réseau.
Des conséquences concrètes sur le terrain
Ce ne sont pas que des chiffres ; ce sont des classes qui ferment. Le « gel » des sections est déjà une réalité en 2024 et s’accentuera en 2026. Les premières victimes sont déjà identifiées :
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Les zones rurales et périurbaines, où la CMA est souvent l’unique formateur.
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Les métiers en tension, essentiels mais coûteux à former (plateaux techniques onéreux).
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Les jeunes en difficulté, pour qui l’apprentissage infra-Bac est la seule voie d’insertion réussie.
La spirale de la décrue
Pour la première fois depuis plus de dix ans, les effectifs chutent de 6 %. Entre incertitude politique, baisse démographique et concurrence vive, l’artisanat craint une « spirale catastrophique » : la fermeture de sections entraîne mécaniquement une baisse d’effectifs, laquelle justifie de nouvelles fermetures.
L’appel à la responsabilité
Face à ce constat, le réseau des CMA interpelle directement le Gouvernement. Il réclame :

L’enjeu dépasse le cadre administratif : chaque section qui ferme est un maître d’apprentissage découragé et un savoir-faire qui s’éteint, affaiblissant durablement le tissu social français.