Chaumont au fil du temps (version longue), épisode 7.À Chaumont, l’histoire de l’hôpital se lit autant dans l’évolution des soins que dans celle de la ville. Installé au XVIIIe siècle à l’extérieur de l’enceinte historique, l’établissement s’est progressivement retrouvé absorbé par l’urbanisation et transformé par de multiples extensions. Près de trois siècles plus tard, la construction du nouvel hôpital sur le même site ouvre une nouvelle page, avec l’ambition de faire cohabiter équipement de santé moderne, patrimoine historique et paysage.
Podcast avec Anthony Koenig, directeur de mission Cœur de Ville, et Julien Marasi, chargé d’inventaire du patrimoine bâti :
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De l’hôpital de 1750 au futur établissement : près de trois siècles de soins à Chaumontchaumont
Avant l’hôpital, un premier projet imaginé par Bouchardon
L’histoire commence avant même la construction de l’établissement que l’on connaît aujourd’hui. En 1716, Jean-Baptiste Bouchardon imagine un projet d’hôpital général destiné à remplacer l’ancien Hôtel-Dieu, alors situé à proximité des Halles actuelles. Le projet ne verra finalement jamais le jour.
Il faudra attendre 1750 pour que Chaumont se dote d’un nouvel hôpital, cette fois sous la conduite de l’architecte Claude Forgeot, originaire de Langres. L’emplacement choisi est alors bien différent de celui que les Chaumontais connaissent aujourd’hui : l’établissement est construit à l’extérieur de l’enceinte historique, sur un secteur encore largement isolé.
Son implantation accompagne deux grands axes qui participeront ensuite au développement de la ville vers le nord : l’actuelle avenue des États-Unis et le boulevard Carnot, autrefois appelé boulevard de l’Hôpital. Au fil du temps, les constructions vont gagner cet espace et l’ancien établissement isolé va progressivement être rattrapé par la ville.
Un hôpital pensé comme un édifice monumental
L’hôpital de Claude Forgeot est aussi le témoin d’une conception très particulière de l’architecture hospitalière au XVIIIe siècle. Avec ses élévations rigoureuses, l’utilisation importante de la pierre de taille et son décor volontairement sobre, le bâtiment reprend certains codes de l’architecture monumentale de son époque.
Son dôme constitue l’un de ses éléments les plus reconnaissables. Visible de loin, il marque encore aujourd’hui le paysage urbain à la jonction entre le centre ancien et les quartiers développés plus tard au nord de Chaumont.
L’organisation du bâtiment traduit également la conception du soin au XVIIIe siècle. Le soin du corps trouve sa place dans les différentes ailes, tandis que le soin des âmes occupe symboliquement le centre de l’ensemble avec la chapelle.
À la fin du XIXe siècle, cette dernière connaît de nouvelles transformations. Des peintures murales viennent enrichir son décor et son mobilier évolue. Dans le même temps, l’hôpital commence progressivement à s’étendre pour répondre aux nouveaux besoins médicaux.
La chapelle de l’Hôpital avec son imposant dôme
Un site profondément transformé au XXe siècle
Les évolutions s’accélèrent au cours du XXe siècle avec la création de nouveaux bâtiments et équipements, parmi lesquels des espaces dédiés aux pratiques médicales modernes et notamment un bloc opératoire.
À partir des années 1950 et 1960, le bâtiment historique de Forgeot perd définitivement sa fonction première de prise en charge des malades. Il accueille alors notamment l’école de soins infirmiers et des locaux administratifs.
Autour de lui, le site hospitalier continue de se développer. Les extensions successives répondent aux nécessités médicales et techniques de chaque époque, mais finissent également par brouiller la composition d’origine. Les voies de circulation et les stationnements prennent une place croissante tandis que les anciens cheminements, les espaces libres et les jardins s’effacent progressivement.
Le quartier lui-même s’est entre-temps totalement métamorphosé. L’hôpital autrefois construit aux portes de Chaumont est aujourd’hui entouré d’habitations, de logements collectifs et de grands équipements. Il se retrouve pleinement intégré à la ville.
Construire le nouvel hôpital sans quitter le site historique
C’est précisément sur ce même emplacement que se joue désormais la prochaine étape de cette longue histoire.
Le choix a été fait de reconstruire le Centre hospitalier directement sur son site actuel plutôt que de l’installer en périphérie. Cette reconstruction in situ permet de conserver l’établissement à proximité immédiate du centre-ville, tout en évitant la création d’une nouvelle emprise urbaine. Elle doit aussi permettre de repenser plus largement les circulations, les accès et l’organisation de l’ensemble du secteur.
Le chantier du futur Centre hospitalier a officiellement été lancé le 26 janvier 2026. Le projet représente un investissement annoncé de 110 millions d’euros pour un établissement de 263 lits et places. Après une première phase destinée notamment à libérer l’emprise nécessaire, la construction du bâtiment neuf doit débuter en novembre 2026 selon le calendrier communiqué par le Département. Sa mise en service est prévue au début de l’année 2029, avant une dernière phase de démolition et d’aménagement du site qui doit s’achever en 2030.
Le futur établissement doit notamment regrouper médecine, chirurgie, maternité, gynécologie, pédiatrie, néonatologie, soins médicaux et de réadaptation, urgences, imagerie médicale, médecine nucléaire ou encore soins intensifs.
Ce à quoi va ressembler le futur hôpital de Chaumont
Faire réapparaître le patrimoine derrière l’hôpital
Mais la transformation ne concerne pas seulement les bâtiments dédiés aux soins. Le projet constitue aussi une occasion de remettre en valeur l’hôpital du XVIIIe siècle, aujourd’hui protégé au titre des Monuments historiques, et de retrouver une cohérence entre le monument, les constructions contemporaines et leur environnement.
L’un des enjeux est notamment de redonner davantage de place au paysage et de retrouver une partie de l’esprit des jardins qui accompagnaient autrefois l’établissement. L’équipe chargée de la conception du nouvel hôpital prévoit ainsi que le bâtiment contemporain s’inscrive dans la continuité de la façade sur cour de l’hôpital historique, avec une restitution de jardins historiques destinés à être ouverts à tous.
L’objectif dépasse donc la seule juxtaposition d’un bâtiment ancien et d’un hôpital neuf. Accès, cheminements piétons, végétation et mise en scène de l’édifice historique doivent participer à la recomposition de l’ensemble du site.
Un même site, près de trois siècles d’histoire
Le nouvel hôpital marque ainsi une nouvelle étape dans une histoire commencée il y a près de trois siècles. En 1750, l’établissement de Claude Forgeot participait à l’expansion de Chaumont au-delà de ses anciennes limites. En 2026, c’est désormais au cœur d’une ville qui l’a depuis longtemps rattrapé qu’il connaît l’une des transformations les plus importantes de son histoire.
Avec, en toile de fond, un défi particulier : construire l’hôpital des prochaines décennies sans effacer celui du XVIIIe siècle, mais au contraire profiter de cette transformation pour redonner toute sa place à un patrimoine qui a accompagné l’évolution de Chaumont pendant près de 300 ans.
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